La trouvaille du jour — Le petit taille-crayon qui repart en partance
Il est arrivé là, presque timidement, avec son air de ne rien demander.
Un taille-crayon de bureau en bakélite, avec sa petite manivelle elle aussi en bakélite, vers 1930. Un objet simple, utile, solide, de ceux que l’on fixait au bord d’une table comme on installait un compagnon de travail. Il ne brille pas comme un bijou, il ne joue pas les grandes dames Art déco, il ne réclame pas les applaudissements.
Et pourtant…
Il suffit de le regarder pour que tout un monde se remette à tourner.
La manivelle appelle la main.
La bakélite sombre garde la mémoire des bureaux anciens, des écoles appliquées, des ateliers où l’on dessinait encore avec lenteur. On imagine les crayons de couleur, le rouge des marges, le bleu des cartes, le vert des arbres inventés, le jaune du soleil que les enfants posaient toujours dans un coin de la feuille.
Ce petit objet ne paye pas de mine, non.
Mais il a ce charme rare des choses honnêtes, des choses faites pour servir longtemps. Il a connu le bois des pupitres, le froissement des papiers, les mains pressées, les mains rêveuses, les projets commencés au crayon avant d’oser l’encre.
Alors moi, devant lui, je repars.
Je repars en partance, dans ce pays où les objets modestes deviennent des machines à mémoire. Je revois les trousses gonflées, les pointes cassées, les copeaux qui tombaient comme de petites fleurs de bois. Je revois les couleurs alignées, les cahiers d’écolier, les dessins qu’on croyait ratés et qui racontaient déjà beaucoup de nous.
Il est brun, solide, un peu sérieux.
Mais autour de lui, tout devient couleur.
C’est cela, parfois, une trouvaille de brocante :
un objet minuscule qui ouvre une grande fenêtre.
Et celui-ci, avec sa manivelle, semble encore prêt à faire tourner les souvenirs.

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