Mucha aurait-il survécu à nos écrans ?
Il faut parfois claquer les talons sur le parquet du monde. Pas pour faire du bruit. Pas pour se donner des airs. Mais parce qu’à force de tout faire défiler sous nos doigts, nous ne regardons presque plus rien. Nous avons des milliers d’images devant les yeux, et pourtant si peu nous traversent vraiment. Un visage. Une robe. Une guerre. Un vase. Une lampe. Une œuvre d’art. Un enfant qui rit. Une publicité. Une tragédie. Un coucher de soleil. Tout passe. Un pouce monte. Un monde s’efface. Et nous appelons cela voir. Mais voir, ce n’est pas consommer. Voir, ce n’est pas avaler des images comme on avale un café froid. Voir, c’est être arrêté. C’est être dérangé. C’est sentir qu’une ligne, une couleur, une courbe, un regard vient déplacer quelque chose en nous. Et c’est là que Mucha entre dans la pièce. Alphonse Mucha n’a pas seulement dessiné de belles femmes aux cheveux longs. Ce serait beaucoup trop petit pour parler de lui ainsi. Il a donné à l’image une autorité. Il a comp...