Nancy Cunard — les amants, les scandales et le grand amour que l’on ne nomme pas
Par cette chaleur étouffante, il fallait une femme qui ne cherche pas l’ombre. Une femme de plein soleil, de nuits trop longues, de chambres d’hôtel, de valises ouvertes, de lettres froissées, de verres oubliés sur des tables où l’on parlait littérature, révolution, désir, jazz, poésie, exil. Il fallait Nancy Cunard. On croit la connaître. On croit qu’il suffit de dire : héritière anglaise, muse des années folles, bras couverts de bracelets, silhouette sèche, bouche insolente, regard qui ne baisse jamais. On croit qu’il suffit d’ajouter quelques noms d’hommes autour d’elle pour la tenir enfin : Aragon, les surréalistes, les artistes, les photographes, les musiciens, les amants magnifiques ou fatigants. On croit qu’une femme se résume aux hommes qui l’ont regardée. Erreur. Nancy Cunard n’est pas une femme que l’on attrape par une biographie. Elle glisse entre les dates. Elle ment peut-être un peu, elle se protège beaucoup, elle s’expose trop, puis disparaît au moment même où l’o...