Au secours, je suis perdue dans les siècles !

Au secours… je suis perdue. Perdue dans les siècles, dans les styles, dans les mots savants que l’on sort avec sérieux, comme des clefs rouillées d’un grand trousseau ancien. Art déco ? Moderniste ? Années 30 ? Années 50 ? Céramique émaillée ? Décor géométrique ? Forme éventail ? Base quadrillée ? Mais dis-moi tout, bel objet, puisque toi tu sais sûrement mieux que moi d’où tu viens. Le voilà, posé là, fier comme un petit monument de salon. Il ne raconte pas une histoire de fleurs sages ni de dorures timides. Non. Lui arrive avec ses lignes, ses couleurs, ses contrastes. Du noir profond, du jaune éclatant, une touche de rose, un peu de vert, comme si quelqu’un avait voulu enfermer dans la céramique un morceau de vitrail, une affiche ancienne, un air de jazz et un rayon de soleil. Il a cette silhouette évasée, presque théâtrale, comme une robe qui s’ouvre, comme un rideau que l’on tire avant le spectacle. Sa base noire, quadrillée de fines lignes, lui donne de l’allure, un aplomb, une petite autorité. On sent qu’il n’est pas là pour disparaître dans un coin. Il veut être vu. Il veut qu’on s’approche. Il veut qu’on dise : “Tiens… celui-là, il a quelque chose.” Alors bien sûr, je m’emmêle. Je cherche les mots justes. Je tourne autour. Je parle d’Art déco, puis je doute. Je pense modernisme, puis je regarde encore. Peut-être un esprit des années 50, peut-être une inspiration plus ancienne, peut-être ce mélange merveilleux des objets qui ne se laissent pas enfermer dans une seule case. Et c’est peut-être cela qui me plaît le plus. Car les objets anciens sont parfois comme les gens : ils portent plusieurs vies sur eux. Un peu d’élégance d’hier, un peu d’audace, un peu de mystère, et cette façon de traverser le temps sans jamais tout expliquer. Alors je ne prétendrai pas tout savoir. Je ne lui collerai pas une étiquette trop vite. Je dirai simplement qu’il a du caractère, une vraie présence décorative, un charme graphique et lumineux. Je dirai qu’il attire l’œil, qu’il réveille une étagère, qu’il donne du rythme à une pièce. Et si quelqu’un me demande : “Mais enfin, Madame la Brocanteuse, de quel style est-il exactement ?” Je répondrai peut-être, avec un sourire : “Il est du style de ceux qu’on remarque. Et parfois, c’est déjà beaucoup.” La Brocanteuse – Les objets se racontent

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