Si les aiguilles remontaient le temps… à l’Opéra de Vichy
Imaginez.
La nuit est tombée sur Vichy.
Les lampadaires dessinent des halos dorés sur les allées du parc. Les élégantes descendent des fiacres, relevant légèrement leurs robes pour gravir les marches de l'Opéra. Les messieurs ajustent leurs gants blancs. Une rumeur joyeuse flotte dans l'air tiède d'une soirée d'été.
Les portes s'ouvrent.
Le foyer resplendit.
L'or des moulures se mêle aux reflets des lustres. Les miroirs multiplient les silhouettes. Les conversations se croisent dans un murmure délicat où l'on parle d'un voyage, d'une cure, d'une rencontre aperçue le matin sous les galeries du Parc des Sources.
Puis soudain, les lumières s'adoucissent.
L'orchestre attaque les premières mesures.
Les violons s'élèvent comme une caresse.
Le chef lève sa baguette.
Le cœur de la salle retient son souffle.
Dans les loges, les éventails battent lentement. Une pluie discrète de parfums flotte au-dessus du velours rouge : iris, violette, poudre de riz et roses fraîchement coupées.
On entend le bruissement des robes de satin.
Le froissement de la soie.
Le claquement léger des talons sur le parquet ciré des salons voisins.
Les rires étouffés.
Le tintement d'un verre de cristal posé délicatement sur un plateau d'argent.
La musique enveloppe tout.
Les heures passent sans que personne ne s'en aperçoive.
À l'entracte, les élégantes se retrouvent sous les lustres. On échange quelques mots, quelques regards. Dans les salons privés, les domestiques servent des rafraîchissements et des liqueurs parfumées dans de délicats verres de cristal.
Les conversations deviennent plus douces.
Les cristaux captent la lumière.
Les carafes étincellent comme des bijoux.
Et quelque part, sur une table discrète, repose peut-être ce service à liqueur qui a traversé les décennies pour parvenir jusqu'à nous.
Alors, lorsqu'aujourd'hui la lumière se pose sur ses facettes, il suffit de peu pour que le passé revienne.
Un reflet.
Une note de musique.
Le bruit d'un talon sur le parquet.
Et voilà que réapparaissent les nuits élégantes de Vichy, lorsque la Reine des villes d'eaux vivait au rythme des concerts, des bals et des rencontres sous les ors de son Opéra.
Car certains objets ne vieillissent jamais vraiment.
Ils attendent simplement que quelqu'un les regarde assez longtemps pour entendre, à nouveau, la musique d'autrefois.
Catherine

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