Des salons inventés autour d’un vrai journal.
Chaque semaine, une chronique mondaine traverse les nouvelles d’autrefois. Les personnages sont de papier, les rumeurs sont de velours, mais le journal, lui, a vraiment paru
Partance ! — Joséphine Baker remue Paris
Semaine du 26 septembre au 2 octobre 1930
Personnage à l’honneur : Joséphine Baker
Cette semaine, il ne fallait pas inventer de femme.
Elle était déjà là.
Joséphine Baker traverse Paris comme une étincelle entrée par effraction dans un salon trop bien rangé. On croit parler d’elle comme d’une chanteuse, d’une danseuse, d’une étoile de music-hall. Mais ce n’est pas assez. Elle ne se contente pas de paraître : elle déplace l’air autour d’elle.
Dans les journaux, son nom brille au milieu des annonces de théâtre, des revues, des programmes du soir. Dans les salons, on prononce “Baker” avec cette petite hésitation des gens qui veulent avoir l’air libres tout en restant prudents.
Madame de Bréval prétend qu’elle ne comprend pas “tout ce bruit”. C’est généralement le signe qu’elle a lu trois articles, interrogé deux amies, et réservé une loge.
Monsieur Sorel, revenu de Londres, affirme que Paris n’a rien vu de plus moderne. La vicomtesse d’Orsan répond qu’il ne faut pas confondre modernité et agitation. Céleste, elle, sourit. Elle sait que certaines agitations sont des révolutions qui portent des plumes.
Joséphine n’entre pas dans notre chronique comme une invitée. Elle entre comme une secousse.
Sa phrase :
Je ne passe pas dans le décor. Je fais bouger le décor.
Le carnet mondain
Vendredi 26 septembre 1930
On parle ce soir du Casino de Paris. Les voitures s’arrêtent, les manteaux glissent, les messieurs vérifient leurs gants, les dames leurs silences.
On dit que la revue s’appelle Paris qui remue. Le titre suffit à inquiéter ceux qui préfèrent les villes assises.
Madame Arbel a déclaré qu’elle n’irait pas “par principe”. À vingt heures, elle cherchait encore une place.
Phrase du jour :
Le monde condamne souvent ce qu’il brûle de voir.
La Reine Noire… ou l’insolence lumineuse Certains objets décorent. D’autres attendent patiemment la tombée du soir pour révéler leur véritable nature. La Reine Noire appartient à ces présences rares dont l’ombre semble déjà raconter une histoire avant même que la lumière ne s’éveille. Haute silhouette ajourée, drapée d’un noir profond et souverain, elle demeure immobile le jour… presque silencieuse. Puis vient l’instant où l’on allume la lampe. Alors tout commence. La lumière, prisonnière de cette architecture délicate, cherche à s’échapper entre les motifs ciselés. Elle glisse, danse, tremble doucement sur les murs comme une dentelle mouvante. Les ombres s’étirent lentement dans la pièce, prennent vie, se répondent. L’objet disparaît presque pour ne laisser qu’un théâtre de reflets mystérieux et de clartés secrètes. Les objets se racontent toujours à ceux qui savent regarder. Et celui-ci murmure des histoires d’intérieurs oubliés, de salons feutrés éclairés à voix basse, ...

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