Dis, raconte-moi… j’ai cinq ans
Il ne faut pas se fier à sa petite taille.
Ce cheval-là n’est pas un jouet ordinaire. C’est un passeur.
Avec ses sabots noirs, sa selle verte et son air sérieux de vieux compagnon, il connaît des chemins que les grandes personnes ont oubliés. Il attend, immobile, sur ses deux arcs de bois, mais dans sa tête il galope encore. Il traverse des chambres tièdes, des greniers pleins de poussière d’or, des après-midis de pluie où l’on s’inventait des royaumes avec trois coussins et une couverture.
On l’appelait peut-être Sultan, ou Caramel, ou Prince de Minuit.
Mais moi, je crois qu’il s’appelait simplement :
Raconte-moi.
Parce qu’il suffisait de monter sur son dos pour que le monde change.
La commode devenait un château.
Le rideau, une forêt.
Le tapis, une mer immense.
Et l’enfant, lui, n’avait plus cinq ans seulement : il était capitaine, chevalier, explorateur, roi d’un pays imaginaire où personne ne disait jamais : “Sois sage.”
Il avançait pourtant sans avancer.
Tac… tac… tac…
Le petit bruit du bois faisait une chanson.
Une chanson d’enfance, douce et obstinée, celle qu’on entend encore parfois quand une lumière entre dans une vieille maison.
“Dis, raconte-moi… j’ai cinq ans.”
Alors le cheval répondait sans paroles.
Il racontait les goûters oubliés, les genoux écorchés, les rires sous la table, les secrets murmurés à l’oreille des ours en peluche. Il racontait ce temps merveilleux où un simple basculement suffisait pour partir très loin.
Aujourd’hui, il ne berce plus un enfant.
Il berce les souvenirs.
Et pourtant, si l’on pose doucement la main sur son encolure, on sent bien qu’il n’a pas terminé son voyage. Il attend seulement le prochain rêveur, la prochaine âme tendre, le prochain cœur capable de croire qu’un cheval de bois peut encore franchir la frontière du réel.
Car au pays imaginaire, les jouets ne vieillissent jamais.
Ils patientent.
Ils se taisent.
Et un jour, quand quelqu’un les regarde vraiment, ils recommencent à galoper…
La Reine Noire… ou l’insolence lumineuse Certains objets décorent. D’autres attendent patiemment la tombée du soir pour révéler leur véritable nature. La Reine Noire appartient à ces présences rares dont l’ombre semble déjà raconter une histoire avant même que la lumière ne s’éveille. Haute silhouette ajourée, drapée d’un noir profond et souverain, elle demeure immobile le jour… presque silencieuse. Puis vient l’instant où l’on allume la lampe. Alors tout commence. La lumière, prisonnière de cette architecture délicate, cherche à s’échapper entre les motifs ciselés. Elle glisse, danse, tremble doucement sur les murs comme une dentelle mouvante. Les ombres s’étirent lentement dans la pièce, prennent vie, se répondent. L’objet disparaît presque pour ne laisser qu’un théâtre de reflets mystérieux et de clartés secrètes. Les objets se racontent toujours à ceux qui savent regarder. Et celui-ci murmure des histoires d’intérieurs oubliés, de salons feutrés éclairés à voix basse, ...

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