Aujourd’hui, dans l’atelier, un homme en blouse grise s’est mis à écrire. Pas des factures, pas des étiquettes, non… des mots. Des petits, des grands, des tordus, des précieux. Sous le regard de Madame Pirouette, la langue de Molière s’est mise à faire des entrechats.
Il était là, l’homme à la blouse grise.
Ni triste, ni gai, ni pressé, ni lent.
Il écrivait.
Des petits mots.
Des mots ronds.
Des mots longs.
Des mots avec chapeau, des mots sans manteau, des mots qui toussent, des mots qui dansent, des mots qui tombent de travers sur le papier.
Il en faisait des paquets, des bouquets, des ribambelles.
Un mot, deux mots, trois mots, virgule.
Un soupir, un point, une rature.
Et hop, ça repart.
Dans son coin de lumière, il poinçonnait la langue comme d’autres poinçonnent des billets.
Tac.
Un adjectif.
Tac tac.
Un souvenir.
Tac tac tac.
Une phrase trop grande pour entrer dans la poche.
Il jonglait avec notre chère langue de Molière comme avec des oranges sur un marché de printemps.
Les mots passaient d’une main à l’autre :
bibelot, murmure, poussière, dentelle, soupirail, faribole, arabesque, tintamarre, mélancolie…
Et puis encore :
coquelicot, chiffonnade, mirliton, carambole, velours, pirouette.
Ah, Pirouette.
Madame Pirouette regardait tout cela du haut de son élégance.
Pas un battement de cils.
Pas un froncement de sourcil.
Elle savait.
Elle savait que les hommes en blouse grise ont parfois des royaumes entiers dans leurs poches.
Des bouts de papier, des idées froissées, des phrases en retard, des amours sans adresse.
Lui continuait.
Il écrivait des mots minuscules pour les grandes peines.
Des mots immenses pour les petites joies.
Des mots sans virgule quand le cœur courait trop vite.
Des mots avec des virgules, des points-virgules, des parenthèses, des silences, quand il fallait retenir la vie par le col.
Madame Pirouette souriait presque.
Et dans la pièce, on entendait seulement le frottement du crayon,
le bois qui craque,
le temps qui se gratte la gorge,
et cette drôle de musique des mots qui veulent sortir.
Alors l’homme à la blouse grise leva la tête.
— Madame, dit-il, j’ai trouvé.
Elle ne répondit pas.
Les grandes dames répondent rarement quand elles ont déjà tout compris.
Il posa son crayon.
Sur la page, il n’y avait qu’une phrase :
“Les objets ne dorment jamais tout à fait ; ils attendent seulement quelqu’un pour recommencer leur histoire.”
La Reine Noire… ou l’insolence lumineuse Certains objets décorent. D’autres attendent patiemment la tombée du soir pour révéler leur véritable nature. La Reine Noire appartient à ces présences rares dont l’ombre semble déjà raconter une histoire avant même que la lumière ne s’éveille. Haute silhouette ajourée, drapée d’un noir profond et souverain, elle demeure immobile le jour… presque silencieuse. Puis vient l’instant où l’on allume la lampe. Alors tout commence. La lumière, prisonnière de cette architecture délicate, cherche à s’échapper entre les motifs ciselés. Elle glisse, danse, tremble doucement sur les murs comme une dentelle mouvante. Les ombres s’étirent lentement dans la pièce, prennent vie, se répondent. L’objet disparaît presque pour ne laisser qu’un théâtre de reflets mystérieux et de clartés secrètes. Les objets se racontent toujours à ceux qui savent regarder. Et celui-ci murmure des histoires d’intérieurs oubliés, de salons feutrés éclairés à voix basse, ...

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