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L’arbre généalogique de l’Art déco — Chronique II

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Bois précieux, élégance, mobilier, intérieur total. Il y a des hommes qui dessinent des meubles. Et puis il y a ceux qui dessinent une manière de vivre. Dans l’arbre généalogique de l’Art déco, Jacques-Émile Ruhlmann n’est pas une petite branche aimable que l’on accroche au hasard. Il est une branche maîtresse, presque un tronc intérieur. Un bois précieux au cœur de la maison. Un nom qui ne fait pas de tapage, mais qui donne immédiatement le ton. Avec lui, on n’entre pas dans un simple salon. On entre dans une idée du monde. Imaginez la rencontre. Paris, années 1920.La ville sort de ses blessures, mais elle ne veut pas seulement survivre. Elle veut se redresser, se parfumer, se recoiffer, recommencer à recevoir. Les robes se raccourcissent, les cheveux tombent, les lignes se tendent. On veut du moderne, mais pas du froid. On veut du nouveau, mais pas du brutal. On veut du luxe, oui, mais un luxe qui sache se tenir. Et voilà Ruhlmann. Il arrive avec ses bois rares, ses propo...

La grande saga Art déco Épisode 1 — L’arbre généalogique de l’Art déco : une dynastie est née

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Il y a des styles qui passent comme une robe trop vite portée. Et puis il y a ceux qui restent, qui laissent des traces, des héritiers, des objets posés dans nos maisons comme de petits descendants silencieux. L’Art déco appartient à cette famille-là. Il n’est pas né d’un seul homme, ni d’une seule femme, ni d’un seul atelier. Ce serait trop simple. Il est né d’une époque entière : des Années folles, des salons parisiens, des paquebots, des grands hôtels, des robes droites, des cheveux coupés, des lignes nettes et de cette envie folle de recommencer à vivre avec élégance. Après les courbes de l’Art nouveau, l’Art déco redresse la tête. Il garde la beauté, mais il range les volutes. Il aime encore les femmes, les fleurs, les animaux, mais il les stylise. La tige devient ligne. La fleur devient motif. La femme devient silhouette. La lumière devient architecture. Dans son arbre généalogique, on trouve plusieurs racines. Il y a le goût du luxe français. Il y a le classicisme, avec s...

J’ai dix ans à la Porte Dorée Texte dédié à mon papa Marc

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C’est un dimanche matin, perdu quelque part dans le temps. J’ai dix ans. Je tiens la main de mon papa, une main douce et ferme, une main qui sait où elle va, une main qui me tient bien, mais qui me laisse rêver. Mon papa est alsacien. Il a les yeux bleu acier, des yeux clairs, solides, presque sévères parfois, mais ce matin-là, dans son regard, il y a un enfant. Un enfant comme moi. Peut-être plus grand, peut-être plus sage, mais émerveillé tout pareil. Alors je suis fière. Fière de marcher à côté de lui. Fière d’être sa fille. Fière d’aller quelque part. Fière de Paris. Fière de ce dimanche qui commence comme une fête. Nous allons à la Porte Dorée. Rien que le nom, déjà, me fait parler, demander, imaginer. La Porte Dorée ? Mais alors elle est dorée ? Toute dorée ? Avec de l’or partout ? Avec des murs qui brillent ? Avec des portes comme dans les châteaux ? J’ai dix ans, je pose mille questions, j’en rajoute, je saute d’une idée à l’autre. Je suis bavarde parce que le monde est ...

Chroniques d’élégance

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Modes anciennes, femmes libres, détails oubliés et petits frissons d’époque Ici, on ne parle pas seulement de mode. On parle d’allure, de gestes, de silhouettes, de chapeaux inclinés, de gants oubliés, de robes qui bruissent et de femmes qui avancent dans leur époque avec grâce, audace ou insolence. Les Chroniques d’élégance racontent ces instants où le vêtement devient langage. Un chignon qui se défait, une épingle qui tombe, un froufrou qui s’émancipe, une robe qui traverse les années 1930 comme une promesse de liberté. On y croisera l’Art déco, les Années folles, les salons, les bals, les femmes célèbres ou anonymes, les lignes nouvelles, les étoffes, les parfums, les secrets de coquetterie et cette façon merveilleuse qu’avaient les détails de raconter toute une époque. Ce sont des chroniques pour celles et ceux qui aiment l’élégance lorsqu’elle n’est pas seulement belle, mais vivante. La Brocanteuse — Les objets se racontent Parce qu’une épingle, un chignon ou le bruisseme...

Partance !

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Des salons inventés autour d’un vrai journal. Chaque semaine, une chronique mondaine traverse les nouvelles d’autrefois. Les personnages sont de papier, les rumeurs sont de velours, mais le journal, lui, a vraiment paru Partance ! — Joséphine Baker remue Paris Semaine du 26 septembre au 2 octobre 1930 Personnage à l’honneur : Joséphine Baker Cette semaine, il ne fallait pas inventer de femme. Elle était déjà là. Joséphine Baker traverse Paris comme une étincelle entrée par effraction dans un salon trop bien rangé. On croit parler d’elle comme d’une chanteuse, d’une danseuse, d’une étoile de music-hall. Mais ce n’est pas assez. Elle ne se contente pas de paraître : elle déplace l’air autour d’elle. Dans les journaux, son nom brille au milieu des annonces de théâtre, des revues, des programmes du soir. Dans les salons, on prononce “Baker” avec cette petite hésitation des gens qui veulent avoir l’air libres tout en restant prudents. Madame de Bréval prétend qu’elle ne comprend pas ...

Ne bradez pas les amours oubliées

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Dans une salle de vente, un portrait de femme aux yeux clairs m’a rappelé que les objets anciens ne sont jamais seulement des choses : ce sont parfois des amours, des silences et des vies entières que l’on disperse. Par ce début d’été, il faisait trop chaud dehors et presque frais dans la salle de vente Une fraîcheur étrange, celle des lieux où le passé attend son tour, aligné sur des tables, posé sous des numéros, réduit à des lots, des estimations, des coups de marteau. Je suis entrée doucement, mais mon cœur, lui, n’a jamais su entrer doucement dans ces endroits-là. Il y avait là des cartons ouverts, des cadres appuyés contre les murs, de la vaisselle empilée, des objets d’argent, des dentelles fatiguées, des boîtes à bijoux qui ne chantaient plus. Tout un passé déballé, rassemblé, dispersé, presque livré au hasard des regards. Et soudain, dans ma tête, est venu un refrain de Barbara. Pas une chanson vraiment. Plutôt une ombre de chanson. Une voix noire et tendre, une voix de...

Art nouveau, Art déco et Années folles : le grand bal des styles

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D’abord, il y eut la courbe. Avant que les talons ne claquent sur les parquets des palaces, avant que le jazz ne secoue les épaules, avant que les femmes ne coupent leurs cheveux et leurs vieilles obligations, il y eut cette grande vague souple, végétale, presque amoureuse : l’Art nouveau. L’Art nouveau ne marche pas. Il pousse. Il grimpe le long des façades, il s’enroule aux rampes d’escalier, il s’accroche aux bronzes, il fait naître des lys dans les lampes, des iris dans les vitraux, des chevelures dans les affiches. C’est une époque qui regarde la nature comme on regarde un corps aimé : lentement, avec trouble, avec désir, avec patience. Les lignes n’y sont jamais pressées Elles serpentent. Elles caressent. Elles reviennent sur elles-mêmes comme une mèche sur une épaule. Dans l’Art nouveau, la femme est souvent songeuse, presque liane elle-même. Elle se confond avec les fleurs, avec l’eau, avec les algues, avec les parfums lourds des fins d’après-midi. Elle est muse, apparition,...