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Nancy Cunard — les amants, les scandales et le grand amour que l’on ne nomme pas

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Par cette chaleur étouffante, il fallait une femme qui ne cherche pas l’ombre. Une femme de plein soleil, de nuits trop longues, de chambres d’hôtel, de valises ouvertes, de lettres froissées, de verres oubliés sur des tables où l’on parlait littérature, révolution, désir, jazz, poésie, exil. Il fallait Nancy Cunard. On croit la connaître. On croit qu’il suffit de dire : héritière anglaise, muse des années folles, bras couverts de bracelets, silhouette sèche, bouche insolente, regard qui ne baisse jamais. On croit qu’il suffit d’ajouter quelques noms d’hommes autour d’elle pour la tenir enfin : Aragon, les surréalistes, les artistes, les photographes, les musiciens, les amants magnifiques ou fatigants. On croit qu’une femme se résume aux hommes qui l’ont regardée. Erreur. Nancy Cunard n’est pas une femme que l’on attrape par une biographie. Elle glisse entre les dates. Elle ment peut-être un peu, elle se protège beaucoup, elle s’expose trop, puis disparaît au moment même où l’o...

Mucha aurait-il survécu à nos écrans ?

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Il faut parfois claquer les talons sur le parquet du monde. Pas pour faire du bruit. Pas pour se donner des airs. Mais parce qu’à force de tout faire défiler sous nos doigts, nous ne regardons presque plus rien. Nous avons des milliers d’images devant les yeux, et pourtant si peu nous traversent vraiment. Un visage. Une robe. Une guerre. Un vase. Une lampe. Une œuvre d’art. Un enfant qui rit. Une publicité. Une tragédie. Un coucher de soleil. Tout passe. Un pouce monte. Un monde s’efface. Et nous appelons cela voir. Mais voir, ce n’est pas consommer. Voir, ce n’est pas avaler des images comme on avale un café froid. Voir, c’est être arrêté. C’est être dérangé. C’est sentir qu’une ligne, une couleur, une courbe, un regard vient déplacer quelque chose en nous. Et c’est là que Mucha entre dans la pièce. Alphonse Mucha n’a pas seulement dessiné de belles femmes aux cheveux longs. Ce serait beaucoup trop petit pour parler de lui ainsi. Il a donné à l’image une autorité. Il a comp...
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Il fut un temps où l’on ne tirait pas son téléphone de sa poche pour regarder l’heure. On glissait la main dans le gilet, avec lenteur, presque avec cérémonie. On cherchait la petite chaîne, le métal tiède, le poids discret d’un objet que l’on ne consultait pas seulement pour savoir s’il était tard, mais pour se rappeler que le temps appartenait encore aux hommes bien élevés. La montre de gousset n’était pas un simple instrument. Elle était un signe. Un secret rond. Un bijou de poche. Un battement intime caché contre le cœur. Dans le grand monde, elle accompagnait les redingotes, les salons dorés, les bals, les rendez-vous murmurés derrière un éventail. Elle reposait dans la poche d’un habit comme une confidence. On l’ouvrait avant un départ, avant une rencontre, avant une valse, avant une phrase importante. Elle marquait l’heure du théâtre, du fiacre, du dîner, de l’attente — cette attente délicieuse où l’on savait encore désirer. Celle-ci a cette présence particulière des objets q...

La trouvaille du jour — Le petit taille-crayon qui repart en partance

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Il est arrivé là, presque timidement, avec son air de ne rien demander. Un taille-crayon de bureau en bakélite, avec sa petite manivelle elle aussi en bakélite, vers 1930. Un objet simple, utile, solide, de ceux que l’on fixait au bord d’une table comme on installait un compagnon de travail. Il ne brille pas comme un bijou, il ne joue pas les grandes dames Art déco, il ne réclame pas les applaudissements. Et pourtant… Il suffit de le regarder pour que tout un monde se remette à tourner. La manivelle appelle la main. La bakélite sombre garde la mémoire des bureaux anciens, des écoles appliquées, des ateliers où l’on dessinait encore avec lenteur. On imagine les crayons de couleur, le rouge des marges, le bleu des cartes, le vert des arbres inventés, le jaune du soleil que les enfants posaient toujours dans un coin de la feuille. Ce petit objet ne paye pas de mine, non. Mais il a ce charme rare des choses honnêtes, des choses faites pour servir longtemps. Il a connu le bois des p...

Biarritz et Vichy — Les deux élégantes du Second Empire

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Vichy avait les sources. Biarritz avait l’océan. Entre les deux, Napoléon III, Eugénie, des palais, des parcs, des chalets, et tout un théâtre d’élégance, de pouvoir et de secrets. Il y a des villes qui ne se ressemblent pas, mais qui appartiennent pourtant au même roman. Vichy avance sous les arbres, dans le murmure des sources, les galeries couvertes, les verres de cure et les pas feutrés des curistes. Biarritz, elle, se tient face à l’Atlantique, le vent dans les cheveux, l’écume aux pieds, presque insolente dans sa beauté. L’une soigne. L’autre séduit. Et pourtant, toutes deux portent dans leurs pierres le même nom : Napoléon III. À Vichy, l’Empereur vient chercher l’eau qui répare. Il y arrive en homme fatigué, en souverain que le pouvoir use, en malade peut-être, mais il repart en bâtisseur. Dès son premier séjour, en 1861, il fait publier un décret qui engage une véritable transformation urbaine de la ville thermale. Vichy n’est plus seulement une station d’eaux : elle de...

René Lalique — Celui qui fit respirer le verre Épisode de La grande saga Art déco

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Dans l’arbre généalogique de l’Art déco, René Lalique n’est pas une petite branche discrète. Il est la branche claire. La branche où passe la lumière. Celle où le sable, le feu et le souffle deviennent beauté. Avant lui, le verre était déjà une matière noble. On le taillait, on le polissait, on l’exposait dans les vitrines comme une chose fragile et précieuse. Mais avec Lalique, le verre change de nature. Il ne reste plus seulement transparent. Il devient peau, brume, eau, aile, chevelure, écaille, voile, parfum. Lalique ne se contente pas de fabriquer des objets. Il donne au verre une respiration. Il vient d’abord du bijou, ce monde minuscule où chaque détail compte, où une plume, une aile d’insecte, une bouche de femme ou une fleur peuvent devenir un royaume. De l’Art nouveau, il garde la sensualité des lignes, le goût des femmes mystérieuses, des feuillages, des animaux, des corps qui semblent sortir d’un songe. Mais peu à peu, les courbes se disciplinent. Les formes se simplif...

Bienvenue dans La grande saga Art déco.

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Ici, l’Art déco ne se raconte pas comme une leçon figée, mais comme une famille. Un arbre vivant, avec ses racines, ses grands noms, ses matières, ses branches et ses descendants. Tout commence par une époque : les années 1920 et 1930, Paris, les Années folles, les salons élégants, les paquebots, les grands hôtels, les robes droites, les cheveux courts, les lignes modernes et cette envie folle de remettre de la beauté dans le monde. Dans cette saga, chaque créateur devient une branche. Jacques-Émile Ruhlmann apporte le bois précieux, le mobilier parfait, l’élégance silencieuse des intérieurs. Eileen Gray apporte la liberté, la laque, l’architecture, la modernité d’une femme qui ne voulait pas rester dans le décor. Sonia Delaunay apporte la couleur, le rythme, les tissus, la mode et la géométrie qui danse. Autour d’eux, la famille grandit. René Lalique donne au verre des reflets de lune. Jean Dunand fait briller la laque noire et l’or. Jean Puiforcat discipline l’argent et les ar...

L’arbre généalogique de l’Art déco — Chronique II

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Bois précieux, élégance, mobilier, intérieur total. Il y a des hommes qui dessinent des meubles. Et puis il y a ceux qui dessinent une manière de vivre. Dans l’arbre généalogique de l’Art déco, Jacques-Émile Ruhlmann n’est pas une petite branche aimable que l’on accroche au hasard. Il est une branche maîtresse, presque un tronc intérieur. Un bois précieux au cœur de la maison. Un nom qui ne fait pas de tapage, mais qui donne immédiatement le ton. Avec lui, on n’entre pas dans un simple salon. On entre dans une idée du monde. Imaginez la rencontre. Paris, années 1920.La ville sort de ses blessures, mais elle ne veut pas seulement survivre. Elle veut se redresser, se parfumer, se recoiffer, recommencer à recevoir. Les robes se raccourcissent, les cheveux tombent, les lignes se tendent. On veut du moderne, mais pas du froid. On veut du nouveau, mais pas du brutal. On veut du luxe, oui, mais un luxe qui sache se tenir. Et voilà Ruhlmann. Il arrive avec ses bois rares, ses propo...

La grande saga Art déco Épisode 1 — L’arbre généalogique de l’Art déco : une dynastie est née

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Il y a des styles qui passent comme une robe trop vite portée. Et puis il y a ceux qui restent, qui laissent des traces, des héritiers, des objets posés dans nos maisons comme de petits descendants silencieux. L’Art déco appartient à cette famille-là. Il n’est pas né d’un seul homme, ni d’une seule femme, ni d’un seul atelier. Ce serait trop simple. Il est né d’une époque entière : des Années folles, des salons parisiens, des paquebots, des grands hôtels, des robes droites, des cheveux coupés, des lignes nettes et de cette envie folle de recommencer à vivre avec élégance. Après les courbes de l’Art nouveau, l’Art déco redresse la tête. Il garde la beauté, mais il range les volutes. Il aime encore les femmes, les fleurs, les animaux, mais il les stylise. La tige devient ligne. La fleur devient motif. La femme devient silhouette. La lumière devient architecture. Dans son arbre généalogique, on trouve plusieurs racines. Il y a le goût du luxe français. Il y a le classicisme, avec s...

J’ai dix ans à la Porte Dorée Texte dédié à mon papa Marc

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C’est un dimanche matin, perdu quelque part dans le temps. J’ai dix ans. Je tiens la main de mon papa, une main douce et ferme, une main qui sait où elle va, une main qui me tient bien, mais qui me laisse rêver. Mon papa est alsacien. Il a les yeux bleu acier, des yeux clairs, solides, presque sévères parfois, mais ce matin-là, dans son regard, il y a un enfant. Un enfant comme moi. Peut-être plus grand, peut-être plus sage, mais émerveillé tout pareil. Alors je suis fière. Fière de marcher à côté de lui. Fière d’être sa fille. Fière d’aller quelque part. Fière de Paris. Fière de ce dimanche qui commence comme une fête. Nous allons à la Porte Dorée. Rien que le nom, déjà, me fait parler, demander, imaginer. La Porte Dorée ? Mais alors elle est dorée ? Toute dorée ? Avec de l’or partout ? Avec des murs qui brillent ? Avec des portes comme dans les châteaux ? J’ai dix ans, je pose mille questions, j’en rajoute, je saute d’une idée à l’autre. Je suis bavarde parce que le monde est ...

Chroniques d’élégance

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Modes anciennes, femmes libres, détails oubliés et petits frissons d’époque Ici, on ne parle pas seulement de mode. On parle d’allure, de gestes, de silhouettes, de chapeaux inclinés, de gants oubliés, de robes qui bruissent et de femmes qui avancent dans leur époque avec grâce, audace ou insolence. Les Chroniques d’élégance racontent ces instants où le vêtement devient langage. Un chignon qui se défait, une épingle qui tombe, un froufrou qui s’émancipe, une robe qui traverse les années 1930 comme une promesse de liberté. On y croisera l’Art déco, les Années folles, les salons, les bals, les femmes célèbres ou anonymes, les lignes nouvelles, les étoffes, les parfums, les secrets de coquetterie et cette façon merveilleuse qu’avaient les détails de raconter toute une époque. Ce sont des chroniques pour celles et ceux qui aiment l’élégance lorsqu’elle n’est pas seulement belle, mais vivante. La Brocanteuse — Les objets se racontent Parce qu’une épingle, un chignon ou le bruisseme...

Partance !

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Des salons inventés autour d’un vrai journal. Chaque semaine, une chronique mondaine traverse les nouvelles d’autrefois. Les personnages sont de papier, les rumeurs sont de velours, mais le journal, lui, a vraiment paru Partance ! — Joséphine Baker remue Paris Semaine du 26 septembre au 2 octobre 1930 Personnage à l’honneur : Joséphine Baker Cette semaine, il ne fallait pas inventer de femme. Elle était déjà là. Joséphine Baker traverse Paris comme une étincelle entrée par effraction dans un salon trop bien rangé. On croit parler d’elle comme d’une chanteuse, d’une danseuse, d’une étoile de music-hall. Mais ce n’est pas assez. Elle ne se contente pas de paraître : elle déplace l’air autour d’elle. Dans les journaux, son nom brille au milieu des annonces de théâtre, des revues, des programmes du soir. Dans les salons, on prononce “Baker” avec cette petite hésitation des gens qui veulent avoir l’air libres tout en restant prudents. Madame de Bréval prétend qu’elle ne comprend pas ...

Ne bradez pas les amours oubliées

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Dans une salle de vente, un portrait de femme aux yeux clairs m’a rappelé que les objets anciens ne sont jamais seulement des choses : ce sont parfois des amours, des silences et des vies entières que l’on disperse. Par ce début d’été, il faisait trop chaud dehors et presque frais dans la salle de vente Une fraîcheur étrange, celle des lieux où le passé attend son tour, aligné sur des tables, posé sous des numéros, réduit à des lots, des estimations, des coups de marteau. Je suis entrée doucement, mais mon cœur, lui, n’a jamais su entrer doucement dans ces endroits-là. Il y avait là des cartons ouverts, des cadres appuyés contre les murs, de la vaisselle empilée, des objets d’argent, des dentelles fatiguées, des boîtes à bijoux qui ne chantaient plus. Tout un passé déballé, rassemblé, dispersé, presque livré au hasard des regards. Et soudain, dans ma tête, est venu un refrain de Barbara. Pas une chanson vraiment. Plutôt une ombre de chanson. Une voix noire et tendre, une voix de...

Art nouveau, Art déco et Années folles : le grand bal des styles

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D’abord, il y eut la courbe. Avant que les talons ne claquent sur les parquets des palaces, avant que le jazz ne secoue les épaules, avant que les femmes ne coupent leurs cheveux et leurs vieilles obligations, il y eut cette grande vague souple, végétale, presque amoureuse : l’Art nouveau. L’Art nouveau ne marche pas. Il pousse. Il grimpe le long des façades, il s’enroule aux rampes d’escalier, il s’accroche aux bronzes, il fait naître des lys dans les lampes, des iris dans les vitraux, des chevelures dans les affiches. C’est une époque qui regarde la nature comme on regarde un corps aimé : lentement, avec trouble, avec désir, avec patience. Les lignes n’y sont jamais pressées Elles serpentent. Elles caressent. Elles reviennent sur elles-mêmes comme une mèche sur une épaule. Dans l’Art nouveau, la femme est souvent songeuse, presque liane elle-même. Elle se confond avec les fleurs, avec l’eau, avec les algues, avec les parfums lourds des fins d’après-midi. Elle est muse, apparition,...

Art nouveau, Art déco : la guerre des différences… ou le bal des tentations ?

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On les confond souvent, ces deux-là. On les met dans le même salon, on les appelle cousins, on les marie trop vite. Pourtant, dès qu’on les regarde vraiment, ils n’ont pas la même façon d’entrer dans une pièce. L’Art nouveau arrive comme une femme aux cheveux défaits. Il sent la serre chaude, la fleur mouillée, la tige qui grimpe le long d’une grille, le parfum un peu lourd des soirs d’été. Il ne marche pas : il ondule. Il ne dessine pas : il caresse. Avec lui, tout pousse. Les lampes deviennent fleurs. Les rampes deviennent lianes. Les femmes deviennent songes. Le bronze se cambre, le verre se trouble, la ligne se déhanche. L’Art nouveau ne demande pas la permission. Il s’enroule autour du regard. Il vous attrape par une courbe, par une feuille, par une tulipe de verre allumée comme un fruit mûr. Il est la nature quand elle décide de monter sur scène. Puis l’Art déco entre. Et là, changement de musique. Finies les longues mèches folles, les volutes qui traînent, les arabesq...

Ruhlmann, l’Art déco qui retire les froufrous mais garde les bijoux

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Ruhlmann ne simplifie pas pour enlever la beauté. Il simplifie pour qu’elle respire. Ruhlmann, c’est l’Art déco qui retire les froufrous mais garde les bijoux. Et quelle phrase pour ouvrir la porte. Jacques-Émile Ruhlmann n’est pas seulement un décorateur. Il est une allure. Une manière de poser un meuble dans une pièce comme on pose une évidence. Avec lui, l’Art déco ne se contente pas d’être joli : il devient souverain. Né à Paris en 1879, Ruhlmann arrive dans un monde encore chargé de volutes, de bouquets, de courbes Art nouveau et de petits caprices décoratifs. L’époque aime les arabesques, les feuillages, les ornements qui s’enroulent comme des conversations trop longues. Puis vient ce besoin nouveau : respirer. Redresser la ligne. Simplifier sans appauvrir. Garder le luxe, mais lui apprendre la tenue. Et là, Ruhlmann entre en scène. Il ne casse pas la beauté ancienne. Il la peigne. Il ne détruit pas le décor. Il le discipline. I...

La nature invitée au bal

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Et ce soir-là, justement, elle l’avait mise. La robe était verte, bien sûr, mais d’un vert discipliné, taillé au cordeau, retenu dans des bordures basses, des haies sages, des allées nettes où le gravier crissait sous les pas comme un vieux parquet de bal. Rien ne dépassait vraiment. Même les roses semblaient avoir reçu une invitation officielle : se tenir droites, parfumées, magnifiques, mais sans désordre. C’était un soir de début d’été. Un de ces soirs lourds où l’air ne bouge presque plus, où la chaleur reste accrochée aux épaules comme un châle trop chaud. Le ciel avait cette couleur pâle des fins de journée étouffées, entre l’or et la fatigue. Les oiseaux, eux-mêmes, chantaient plus doucement, comme s’ils économisaient leur souffle. Alors apparut le personnage. Il venait du bout de l’allée, vêtu d’une veste claire, d’un chapeau trop large et d’un foulard couleur coquelicot qui battait mollement contre sa poitrine. On aurait dit un poète échappé d’un casino de 1930, un pro...

Un matin de 1930, les épingles tombèrent sur la coiffeuse. Et avec elles, tout un vieux siècle de silence.

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Quittons le chignon en 1930 Mesdames. Défaisons les épingles. Laissons tomber les mèches, les convenances, les “tiens-toi droite”, les “sois raisonnable”. Nous sommes en 1930. Dans les rues, ça bouge. Les automobiles toussent, les vitrines brillent, les cafés débordent de voix, les femmes traversent la ville d’un pas plus rapide. Elles ne flottent plus derrière les rideaux. Elles sortent. Elles regardent. Elles choisissent. Le chignon ? Trop sage. Trop lourd. Trop ancien. Il sent encore le salon fermé, la tante sévère, la nappe brodée, la vie rangée dans un tiroir. Alors on coupe. On ondule. On plaque une mèche contre la tempe. On découvre la nuque comme une provocation. Et soudain, tout change. Une femme entre. Robe noire, bouche rouge, regard droit. Elle n’a pas besoin de parler fort : ses épaules parlent pour elle. Ses bijoux dessinent des éclairs. Son parfum arrive avant son rire. Elle passe, et même les miroirs se retournent. Ce n’est plus seulement une coiffure. C’...

À adopter” Trouvaille du week-end

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Trouvaille du week-end — Villeroy & Boch Par cette chaleur étouffante, il fallait bien le sauver. Le voilà mis au frais, avec son petit air de Père Noël échappé d’une vitrine d’autrefois. Signé Villeroy & Boch, il a cette qualité de céramique brillante, joyeuse et soignée que l’on aime retrouver dans les beaux objets décoratifs. Debout, son présent serré contre lui, il semble attendre simplement qu’on lui rende sa lumière. Son petit réceptacle étoilé peut accueillir une bougie et créer aussitôt une ambiance douce, tendre, presque enfantine — sans excès, juste ce qu’il faut de charme. Avec ses 18 cm de hauteur, il trouvera facilement sa place sur une table, une console, une étagère ou dans une jolie mise en scène de fête. Un petit objet plein de sourire, signé, décoratif et attachant. À adopter — Père Noël bougeoir Villeroy & Boch, en céramique émaillée, hauteur 18 cm.

Il y a un Mozart dans chaque main oubliée

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Il y a un Mozart dans chaque main oubliée On prononce parfois le mot Art comme on ouvrirait une grande porte dorée. On baisse la voix, on lève les yeux, on cite des noms qui claquent comme des drapeaux dans les salons : grands peintres, grands sculpteurs, grands architectes, grands maîtres, grandes signatures. Et puis, autour de ces noms, il y a souvent cette petite musique d’orgueil. Ceux qui savent. Ceux qui possèdent. Ceux qui regardent de haut. Ceux qui décident ce qui mérite d’être appelé beau. Mais moi, je veux regarder ailleurs. Je veux regarder derrière le rideau. Derrière le cadre. Derrière la façade. Derrière la signature. Là où l’on ne met presque jamais de lumière. Car derrière chaque grand nom, il y a eu des mains. Des mains levées avant l’aube. Des mains usées, fendillées, brûlées, couvertes de poussière, de peinture, de cire, de plâtre, de colle, de métal, de sciure. Des mains qui n’ont pas toujours signé, mais qui ont pourtant construit la beauté. Les compagnon...